Eric Correia : « Il ne faut pas opposer fin du monde et fin de mois »

En décembre dernier, pour justifier son ralliement au mouvement Place Publique, Éric Correia, président de l’Agglomération du Grand Guéret, se justifiait en évoquant « des défis écologiques, sociaux et démocratiques qui arrivent, un échec de nos sociétés libérales, la nécessite de repenser notre société, de revoir son modèle sans laisser des citoyens au bord du chemin. » Porter une vision collective est justement une des raisons d’être de l’An Zéro. Pas étonnant donc qu’Éric Correia se soit démené pour lui permettre de rester en Creuse, dans son agglomération. Il nous explique pourquoi et ce qu’il attend de l’évènement.

Eric Correia, en attendant l’accord officiel formel, pourquoi avoir décidé d’organiser l’An Zéro sur l’aérodrome de Guéret-St Laurent, permettant à l’évènement de finalement rester en Creuse ?

Il y avait me semble-t-il une volonté des organisateurs de rester en Creuse plutôt que d’aller ailleurs, malgré d’autres options possibles à Bordeaux et à Pau. Au-delà du message qu’il porte, l’An Zéro revêt encore plus de sens s’il s’installe sur un territoire vertueux comme le nôtre, qui est déjà engagé dans des politiques de développement durable, de transition énergétique et écologique. Le Grand Guéret est Territoire à énergie positive pour une croissance verte. Nous collons donc complètement à la thématique de l’An Zéro et c’est important. Après avoir reçu un coup de fil de Maxime de Rostolan me demandant s’il y avait des solutions dans l’agglomération, j’en ai donc parlé aux organisateurs du Check-In Party parce qu’il y avait une possibilité intéressante de mutualiser les installations. J’ai aussi cherché des solutions parce qu’à titre personnel, cet évènement et sa problématique de fin de planète me touchent énormément. Je suis également conseiller régional de la région Nouvelle Aquitaine où le 9 juillet s’est déroulée une plénière spéciale « Neo Terra » afin de réfléchir sur comment modifier nos politiques publiques en tenant compte des problématiques climatiques actuelles. Une feuille de route de 11 points a été votée pour permettre le changement de nos pratiques et de nos politiques. C’est une première en France pour une région. Donc oui l’An Zéro me parle en tant que citoyen. En tant qu’élu, je le vois aussi comme un moyen de valoriser ce qui est fait sur notre territoire, lui donner de l’écho pour ensuite l’amplifier. Et puis j’aimerais aussi que cet évènement, qui est avant tout national, puisse donner envie à d’autres de s’y mettre.

Pour amplifier, il faudra aussi que l’après profite du pendant. Quelle dynamique post-festival attendez-vous donc de l’An Zéro pour permettre à votre territoire d’en tirer le plus profit dans l’activation des Transitions après le 1er septembre ? 

J’attends une circulation des informations, des échanges et des bonnes pratiques qui aille dans les deux sens. Il faut que nous, à travers ce que nous avons déjà mis en place ici, puissions aussi apporter des solutions à tous les intervenants qui seront présents. Et puis c’est crucial que notre territoire, moi le premier, puisse participer à la prise de conscience qui doit se faire autour de la problématique de fin de planète. Cette fin de planète ne doit être opposée à une autre problématique, celle des fins de mois. C’est crucial. On l’a vu à travers le mouvement des Gilets Jaunes, les gens sont prêts à faire des efforts mais il faut que ces efforts soient partagés et répartis. La transition écologique nécessaire ne doit pas être punitive, notamment pour ceux qui chez nous sont les plus pauvres. L’écologie ce n’est pas une punition, c’est quelque chose de vertueux, qui peut créer de l’emploi, qui peut nous permettre d’innover, dans l’agriculture et le textile notamment. De l’An Zéro, j’attends qu’il soit un évènement populaire qui dégage de la force, des idées et de la pédagogie. Beaucoup de pédagogie. Car il y a encore beaucoup de travail pour faire prendre conscience aux gens que la planète est vraiment en danger. Que ce n’est pas du bluff.

Puisque vous parlez de pédagogie, l’An Zéro doit-il aussi être l’occasion pour les hommes politiques comme vous, de mieux expliquer votre action pour lui redonner du crédit auprès de  citoyens qui n’y croient plus, voire même qui l’exècrent ?

La crise de confiance dont vous parlez touche surtout les élus nationaux. Je suis persuadé que le changement qui peut avoir lieu se fera à partir des élus de territoire et des mondes associatif et citoyen. Aujourd’hui je vous avoue que je n’attends plus grand-chose de ce qui pourrait venir d’en haut. Par contre je crois beaucoup à tout ce qui peut émerger collectivement au niveau des territoires. La confiance n’est pas rompue entre l’élu de territoire et sa population mais clairement il y a une nouvelle façon de faire de la politique. Ce n’est plus un élu providentiel sachant tout qui va régler tout. C’est terminé tout cela. Maintenant, quand on est élu, désigné, on doit continuer de travailler de manière interactive en intelligence collective avec les gens qui vivent sur le territoire. J’attends donc aussi de l’An Zéro qu’il puisse mettre le doigt sur une nouvelle manière de travailler ensemble, avec une prise de décision la plus partagée possible. C’est capital.

 

© Photo : ericcorreia.fr