Pourquoi l’industrie de l’énergie fossile doit impérativement prendre le tournant de la décroissance ?

A lui seul, le secteur de l’énergie menace de nous faire dépasser le seuil de 1,5° prévus par l’accord de Paris selon une étude sino-américaine parue au début du mois de juillet dans la revue scientifique « Nature ».

Les auteurs de cette étude intitulée « Committed emissions from existing energy infrastructure jeopardize 1.5 °C climate target » ont analysé les émissions de carbones des infrastructures liées aux énergies fossiles actuellement en exploitation ou en cours de construction dans le monde. Puis, ils ont comparé leurs résultats au budget carbone avec l’objectif fixé par l’Accord de Paris, soit une limite de la hausse des températures à +1,5°C.

Pour rappel, le budget carbone correspond à a la quantité de CO2, que le monde peut encore théoriquement se permettre d’émettre avant de dépasser les objectifs climatiques. Pour un objectif à 1,5°C, ce budget carbone est compris entre 420 et 580 Gigatonnes (Gt). Pour un objectif de 2°C, il se situe entre 1170 et 1500Gt.

L’industrie de l’énergie fossile rend caduque le seuil de 1,5°C de l’accord de Paris

Quid des conclusions de cette étude ? Elles ne sont pas bonnes. Et très inquiétantes.

• Les scientifiques estiment ainsi que les infrastructures existantes – si elles sont exploitées jusqu’à la fin de leur cycle de vie – émettront environ 658 Gt d’ici 2050. Plus de la moitié de ces émissions proviendraient du secteur de l’électricité (centrales), 62 Gt de l’industrie et 64 Gt des véhicules de transport, principalement routiers. Le poids de la Chine y est majeur avec des infrastructures qui représenteraient 41% du total. Suivent les Etats-Unis (9%) et les 28 pays de l’Union européenne (7%).

• Pire, si elles sont construites, les centrales prévues, autorisées ou en construction émettront 188 Gt de CO2 supplémentaires.

Au total, selon ce scénario, le marché de l’énergie fossile produirait donc plus de 846 Gt. Or, selon le GIEC, notre budget carbone restant est de 420 à 580 Gt de CO2 pour avoir 50 à 60% de chances de limiter le réchauffement à 1,5° C.

Que faudrait-il faire ? Réduire drastiquement la production d’énergie

Pour éviter ce scénario catastrophe et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 au plus tard afin d’espérer stabiliser le changement climatique (au risque de dégradations irréversibles de l’environnement et de déstabilisations majeures de nos sociétés humaines), les chercheurs recommandent une réduction drastique de la production énergétique fossile :
Annuler les projets d’infrastructures énergétiques fossiles prévus, autorisés et en construction
Fermer au plus tôt les infrastructures existantes
Moderniser de manière massive la captation et le stockage du carbone et la gestion du rayonnement solaire (géo-ingénierie).

Ne pas le faire nous amènerait à privilégier la cible de 2°C, ce qui signifierait concrètement :
– l’extinction de 99% des récifs coralliens,
– 65 millions de personnes supplémentaires exposées à une chaleur mortelle,
– une disparition de a glace de mer arctique,
– 10 millions de personnes déplacées par la montée des mers.

Pour tenir ce bilan carbone à 2°C, il nous faudrait réduire les émissions de 5% par an, et ce… dès maintenant.  Sans attendre 2030. Or, on en est loin. Selon un article du Figaro paru en avril dernier, les émissions de CO2 ont progressé de 6,3% en Inde, de 4,7% en Chine, et ont augmenté de 1,8% sur un an dans le reste du monde. L’Allemagne, très dépendante du charbon (5e plus grand consommateur au monde), représente à elle seule près de 23% des émissions de CO2 de l’Union européenne (l’Europe des 28 est le troisième émetteur mondial de CO2).

Malgré les efforts des Etats pour accélérer la transition énergétique, le fossé reste patent. Plus inquiétant encore, les politiques industrielles en cours, visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre et à limiter notamment l’usage du charbon, sont très largement insuffisantes pour endiguer le réchauffement climatique.

Ce n’est donc pas d’un accommodement à la marge ou d’une politique dite des petits pas dont la planète a besoin pour parvenir à contenir la catastrophe climatique, humaine et planétaire à venir. Notre civilisation a besoin d’une révolution énergétique majeure et d’un changement profond de paradigme. Il passe absolument par la décroissance drastique du marché de l’énergie fossile.